Retour sur le colloque AUPTIC 2026

  • Dernière modification de la publication :26 janvier 2026
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Les 5 et 6  janvier, le colloque annuel de l’association AUPTIC à Lausanne a réuni 140 personnes sur le thème « Le numérique : un soutien aux apprentissages sous conditions ? Enjeux d’inclusion, de fractures et de transformation pédagogique ».

Retour sur les communications du colloque

Réparti sur 7 sessions de communications en simultané, le colloque AUPTIC a axé les sujets de présentation sur les thèmes suivants :

  • Transformation des pratiques pédagogiques à l’ère du numérique ;
  • Inclusion, accessibilité et équité numérique ;
  • Compétences numériques et éducation critique ;
  • Stratégies institutionnelles et politiques numériques ;
  • Écologies numériques : durabilité, frugalité et éthique.

Les interventions ont massivement souligné la diffusion rapide des IAG dans les usages des étudiantes et étudiants, souvent en dehors de cadres institutionnels formalisés. Ces outils occupent désormais une place centrale dans le travail académique. De nombreuses enquêtes menées au sein des établissements montrent une utilisation massive de ces technologies, mais révèlent également de fortes disparités quant aux usages et à la maîtrise de ces outils : liées aux compétences numériques, académiques et à l’Environnement Personnel d’Apprentissage.(EAP). Les usages observés sont fréquemment centrés sur la consommation de contenus qui conduit à une appropriation encore peu critique. Ces interventions ont insisté sur la nécessité de connaître les usages étudiants et les profils d’utilisateurs pour mieux accompagner. À cet effet, une enquête avait été réalisée au sein de notre établissement à la rentrée 2024 sur 10 formations et a recueilli près de 300 retours étudiants. Les résultats ont montré un usage majoritairement quotidien centré sur de la délégation de tâche (synthétiser un contenu, chercher des sources, etc.) ou sur de l’assistance en méthodologie universitaire (élaborer une méthodologie de travail, tester ses connaissances, etc.).

Certaines interventions ont mis en évidence la nécessité de dépasser une approche strictement individuelle de l’éthique pour aller vers une responsabilité partagée qui impliquerait les étudiants, les enseignants, les filières de formation et les institutions. Cette responsabilité collective doit passer par la clarification des règles d’usage à différents niveaux (sur le plan administratif, de l’enseignement et de la recherche), l’encouragement à la transparence et le développement de formations dédiées à l’ensemble des usagers.

Enfin, les questions d’équité et d’inclusion ont été évoquées à plusieurs reprises. Plusieurs travaux cités ont montré que le numérique éducatif et l’IA peuvent à la fois soutenir les apprentissages mais dans certains cas renforcer certaines inégalités existantes, notamment en ce qui concerne les compétences linguistiques ou numériques (Simon Collin, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) sur la notion de labeur numérique (digital labor)). 

Les communications portant sur les MOOCs ou les systèmes de questionnement en classe (comme les techniques de rétroaction) ont souligné l’importance de favoriser une participation moins exposée à l’erreur et respectueuse des rythmes d’apprentissage. Les contributeurs ont ainsi insisté sur la nécessité de concevoir des dispositifs articulant individualisation des apprentissages et maintien de temps d’échanges collectifs, y compris en dehors des outils d’IAG.

Notre contribution

Les différentes communications ont fait état de préoccupations partagées suite à l’arrivée des IAG dans la pédagogie et de la nécessité d’accompagner et d’éclairer les usages de ces outils.

Deux agents du CEMU ont présenté un projet d’arbre décisionnel sur l’élaboration d’un support d’accompagnement pour un usage responsable et frugal des IAG dans l’enseignement. Pensé à destination des ingénieurs et conseillers pédagogiques, il  contribuerait à rendre plus homogène et efficace l’accompagnement de la communauté enseignante sur la question des IAG dans l’enseignement. En effet, face à la multiplication des ressources en ligne, des discours et des injonctions autour de l’IAG, les enseignantes et enseignants peuvent se sentir isolés ou en manque de ressource. Le risque est alors double : soit une interdiction de principe, parfois déconnectée des usages réels des étudiantes et étudiants, soit une intégration aléatoire de ces technologies probabilistes dans des activités pédagogiques essentielles.

La conception de ce support répond à plusieurs enjeux majeurs.

Enjeu pédagogique :
Il s’agit de replacer l’IAG au service des objectifs d’apprentissage et non l’inverse. L’arbre décisionnel encourage une réflexion sur la valeur ajoutée réelle de l’IA dans une activité donnée, ainsi que sur la posture attendue des étudiantes et étudiants, notamment à travers l’élaboration de contrats pédagogiques entre l’enseignant et les étudiants.

Enjeux éthique et réglementaire :
L’utilisation d’outils d’IAG soulève des questions relatives aux biais des modèles, à la protection des données personnelles, au respect du RGPD et à la propriété intellectuelle. Le support vise par l’intermédiaire des ingénieurs et conseillers pédagogiques à sensibiliser les enseignants à ces dimensions, en les orientant vers des ressources de cadrage et de dispositif adaptés.

Enjeux environnemental et institutionnel :
Dans un contexte de transition écologique, l’arbre décisionnel intègre des principes de sobriété numérique : limitation des usages non nécessaires, mutualisation des ressources et réflexion sur l’impact écologique des  modèles d’IAG. Nous avons à cette occasion présenté des projets enseignants dans le cadre de l’appel à projet « Innover sans numérique » (NCU Réussites Plurielles – ANR-18-NCUN-0021) ainsi que le livre blanc publié par le CEMU sur l’IAG et l’enseignement

Pensé comme un support évolutif, l’arbre décisionnel a vocation à être adaptable en fonction du contexte d’accompagnement des ingénieurs et conseillers pédagogiques. Il constitue une réponse pragmatique à la complexité des usages de l’IAG, en proposant un cadre commun tout en laissant place à la diversité des besoins des composantes de l’université. De ce fait, ce support ne se veut pas comme une solution définitive, mais un support de dialogue pour une intégration des outils numériques responsable, éthique et contextualisée dans l’enseignement.